Aspect économique

L’industrie et le commerce des gaz de schistes reposent sur des évaluations fausses et, aujourd’hui, reconnues comme telles. Ceci s’avère fondé, à la fois, au sujet des volumes exploitables et, également, des conditions techniques d’exploitation. S’agit-il de mensonges volontairement élaborés en vue de tromper ou le résultat d’approximations hasardeuses que la réalité ne pourrait que contredire ? Bref, le résultat aujourd’hui est une fuite en avant des grandes compagnies pétro-gazières pour lesquelles les milliards de dollars « investis » par la finance ne leur laissent plus comme issue que de tenter de dissimuler de toutes les manières possibles l’ampleur du risque qui les menace tous. Si la « bulle financière » des gaz de schiste venait à éclater, c’est surtout l’économie locale des territoires où elle s’est implantée qui pourrait s’effondrer bien plus rapidement et bien plus gravement que les cours de la bourse où elles évoluent. Moins naïves qu’on ne le croit, ces grandes compagnies sont déjà à l’œuvre pour retomber sur leurs pattes. Le responsable du fonds d’investissement PNC, lui-même, déclare dans un mail que le seul problème est que « l’argent coule à flot pour profiter de cette nouvelle « nouveauté » que constitue ce secteur de l’énergie qui est fondamentalement non rentable ».

Il existe une condition dont personne ne parle pour que les gaz de schistes soient rentables : les coûts d’extraction (depuis le forage jusqu’à la livraison du gaz en incluant les frais immenses de dépollution des eaux de fracturations, de la récupération des boues ou de la remise en état des sols, terrains et routes comprises) sont tels que le prix actuel des hydrocarbures lui est encore de beaucoup inférieur. (4.54€/gigajoule à produire contre 3€ à la revente sur les marchés).

Inquiétée par cet état des choses, la SEC, l’autorité américaine des marchés financiers poursuit les plus grandes compagnies impliquées parmi lesquelles on trouve évidemment ExxonMobil ou Chesapeake. Le but des assignations en justice étant de forcer les compagnies à révéler leurs sources et données afin que des experts indépendants puissent faire la lumière sur la réalité des volumes (réserves) dont elles disposent. Ainsi, les profits réalisés en bourse pourront être mis à jour face à la réalité du marché. Dans le secret des bureaux d’étude, juste derrière les portes que viennent de refermer derrière-eux les porte-paroles de l’industrie gazière, les chiffres ont une autre saveur. Sur les données recueillies entre 2003 et 2009 sur plus de 9000 puits, sept ans après le début du forage, seuls 10 % d’entre-eux avaient à peine produit l’argent investi au départ.

Gille de Janzé dans “le gaz de chistr” écrivait : “Une notion qui fait son chemin est le Taux de retour énergétique” ou TRE. On estime qu’il y a 40 ans l’exploitation du pétrole aux Etats-Unis avait un TRE de 25 pour 1. Aujourd’hui ce ratio serait tombé à 15 pour 1. Pour le gaz de schiste il a été estimé que ce ratio serait au maximum de 2 pour 1, ce qui est plus affaire de shadoks que d’industriels.”!!!

Certains experts internes à l’industrie pétro-gazière (article du New York Times) affirment laconiquement que, même avec le recul que pourraient nous offrir les 10 prochaines années, rien ne permet d’affirmer qu’on dépassera le 1 pour 1. Ce qui veut dire que même si certains puits peuvent être montrés en exemple comme indicateurs pour les investisseurs, tous les autres sont déficitaires.

Un nouveau mot d’ordre semble prendre forme dans les conseils d’administration : refourguer les puits pour continuer de faire du cash !!! Le mouvement est discrètement amorcé.

Par ailleurs, pour endormir la méfiance des investisseurs, les compagnies mettent en place des stratagèmes comptables très douteux. Leurs comptes sont gonflés par des méthodes de vente de volumes de gaz par « bons ». Ainsi, l’argent frais (cash flow) est  intégré dans la comptabilité pour des volumes de gaz « à livrer », qui n’est même pas encore extrait !!! Chesapeake commercialise ainsi des « volumetric production payments», qui entrent ainsi dans ses chiffres au titre de « stocks ». Au tableau des indicateurs de la compagnie, des grosses sommes d’argent font face à des gros volumes de « stocks », pour une grande part totalement virtuels. Vous avez dit : « pyramide de Ponzi » ?

Certains protagonistes internes se demandent même s’il existe une possibilité pour que tout ou partie de ces volumes « mirifiques » puissent être extraits.

Aux USA, le « rush » sur les gaz de schistes s’essouffle ! Les financiers et pétroliers commencent effectivement à douter de la viabilité économique à terme du gaz de schistes. Le taux de déclin la première année est de 70% !!! La 2e année, le taux de production descend à 20% de celui de la première année. Certaines compagnies pétro- gazières et les groupes d’investissement financiers commencent à se regarder en se demandant s’ils ne pensent pas tous la même chose : quid de la viabilité économique du gaz de schistes à moyen terme ? Des puits à durée de vie aussi limitée ne vont-ils pas compromettre la rentabilité, en fin de course ?

Vous avez dit : « pyramide de Ponzi » ?

Traduisons les propos tenus mi 2009 par un ingénieur chez AEE (Anglo-European Energy) : « Je connais bien les caractéristiques des bons puits [d’hydrocarbures] (lent déclin de la production, faible coût d’exploitation, production importante) et, comme vous le savez, les gisements de gaz de schiste n’ont aucune de ces caractéristiques. » En clair, les gisements de gaz de schistes c’est une faible production, déclinant très  rapidement, avec un coût exorbitant.

En septembre 2009 WikiLeaks révélait les propos d’Ibrahim al-Husseini, ancien vice-président de la société pétrolière saoudienne Aramco, dans un télégramme  diplomatique du consulat américain de Dharan (en Arabie Saoudite). Répondant à une affirmation publique d’un dirigeant de compagnie américaine qui prétendait que les gisements du Marcellus Shale renfermeraient plus de gaz que les champs du nord du Qatar, ingénieur pétro gazier d’expérience il répliquait avec une connaissance fine des techniques : « Eh bien, c’est formidable, mais même à un rythme de 3,4 millions de pieds cube par jour (scfd) [soit 0,1 million de mètres cubes environ] par an et par puits, ça va prendre un sacré temps pour remplacer un champ de 900 milliards de pieds cube de réserves. Dans le même temps, les États-Unis consomment 63 milliards de scfd de gaz, ce qui nécessiterait quelque chose comme 20 000 puits avec une production de 3 millions de scfd chacun. Et, à la vue de la baisse rapide de production des puits, cela nécessiterait de creuser quelque chose comme 10 000 nouveaux puits par an pour être à l’équilibre. » Fin 2009, déjà, 26 000 puits avaient été fracturés et le rythme n’a fait que s’accélérer depuis……

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