Gaz de schiste pour les nul-le-s !

La production pétrolière mondiale décline de 5% par an, si bien qu’il faudrait que le monde ajoute l’équivalent de 4 Arabie Saoudite ou de 10 mers du Nord dans les 10 prochaines années, rien que pour maintenir l’offre à son niveau actuel.
Peter Voser, PDG de Shell, Septembre 2011

La demande énergétique mondiale ne cesse de croître. Pour preuve, en 1900, la consommation mondiale de pétrole tournait autour de 400 000 barils/jour. En 2010, c’est 87 millions/jour. C’est dans ce contexte de grande dépendance énergétique et de raréfaction des réserves pétrolières que les industriels affirment que le sous-sol de la Terre regorge de gaz de schiste.

Qu’est-ce que le gaz de schiste?

Les gaz et pétrole de schiste font partie des hydrocarbures de roche-mère. Le schiste argileux sédimentaire est une roche présente dans certaines régions françaises à une profondeur généralement comprise entre 2000 mètres et 3000 mètres. A l’état naturel, cette roche peut renfermer du gaz de schiste.

Comment l’extraire?

Afin de récupérer le gaz présent dans le schiste, il est nécessaire d’employer deux techniques de forage particulières appelées « forage horizontal » et « fracturation hydraulique ».

En quoi consistent ces techniques ?

  1. Un puits est creusé, verticalement à plus de 2000 mètres de profondeur, afin d’atteindre la couche de schiste à exploiter, puis horizontalement.
  2. Le schiste étant une roche très dure, des explosifs sont introduits dans le forage pour fissurer la roche,
  3. 15 000 m3 d’eau, du sable et un cocktail de produits chimiques sont injectés dans le puits sous haute pression afin de fracturer la roche et de récupérer le gaz. Ce cocktail est composé, sous le sceau du secret industriel, à partir d’une liste de 900 produits, dont certains sont toxiques et cancérigènes. Pour un seul puits, plusieurs fracturations sont nécessaires.

15 000 m3 d’eau = équivalent à 6 piscines olympiques

Un puits possède un rayon d’action d’environ 200 mètres. Pour exploiter au maximum un gisement, ’industrie gazière positionne en général des derricks de forage tous les 500 mètres. En moyenne, entre 30 et 40% de l’eau de forage contaminée reste dans le sous-sol. Le reste est ensuite stocké sur le site, le plus souvent dans des bassins de décantation à ciel ouvert. Le matériel de forage, l’eau, les produits chimiques et le gaz sont transportés par des norias de poids lourds : environ 4 000 allers et retours de camions sont nécessaires par puits.

Impacts de l’exploitation des gaz de schiste

  • Les puits et les plateformes de forage ne sont pas étanches : le gaz de schiste (majoritairement du méthane) et l’eau de forage peuvent se mélanger aux nappes phréatiques, aux lacs et aux cours d’eau.
  • Des quantités significatives de méthane remontent et sont dégagées dans l’atmosphère, or ce gaz participe fortement au changement climatique.
  • En plus des produits chimiques nécessaires à la fracturation hydraulique, l’eau de forage fait remonter à la surface des métaux lourds et des éléments radioactifs provenant de couches géologiques profondes.
  • Les vapeurs toxiques provenant des bains de décantation où sont stockées les eaux de forage peuvent provoquer une pollution de l’air.
  • Les fracturations répétées peuvent entraîner une fragilisation de la roche ainsi que des mini-séismes.

Ces dérèglements ont des conséquences sur l’homme et sur l’environnement :

  • L’impact de l’exploitation du gaz de schiste sur la biodiversité peut s’avérer désastreux (pollution de l’air, de l’eau et des sols).
  • Ces forages mettent en péril l’ensemble des activités agricoles de la région, en raison de la pollution de l’eau et de la diminution de la surface agricole.
  • Les ouvriers travaillant sur les sites de forage, les riverains sont de fait exposés à de graves risques sanitaires. Des pathologies respiratoires et endocriniennes ainsi que des cancers peuvent se déclarer, du fait de la toxicité des produits utilisés.
  • Par ailleurs, l’impact sur le paysage et le tourisme est catastrophique (dégradation des routes, bruit, poussière, forêts de derricks…).

Où en sommes nous?

2010 : Le gouvernement octroie, sans concertation, 64 permis d’exploration.

Juillet 2011 : Sous la pression des élus locaux, des associations et des citoyens, ce même gouvernement interdit la fracturation hydraulique (Loi n° 2011-835 du 13 juillet 2011).

Octobre 2011 : Le gouvernement abroge 3 permis d’exploration, et 61 permis restent valides. Ainsi, la loi laisse la voie libre à des alternatives hypothétiques à la fracturation hydraulique, seule technique connue à l’heure actuelle. « Les expérimentations réalisées à seule fin de recherche scientifique » restent ainsi possibles sur le sol français, d’après la loi de juillet 2011.

Et en Lorraine?

L’Etat a accordé 9 permis d’exploration. Des forages exploratoires peuvent donc débuter à tout moment.

Le 16 septembre 2011, un article du journal Le Monde titre « Un océan de pétrole et de gaz sous la Lorraine ? », présentant les estimations mirobolantes d’Elixir Petroleum (concession « Moselle »). Les experts gouvernementaux français se montrent perplexes devant de telles affirmations. La société australienne estime pouvoir récupérer entre 10 % et 25 % du pétrole et entre 50 % et 60 % du gaz naturel. Elle entend intervenir dans le débat public pour promouvoir l’exploitation des gaz et pétrole de schiste, estimant qu’il est impossible de tourner le dos à ce potentiel économique (dixit). Elixir Petroleum déclare être prête en cas d’évolution des choix politiques sur la fracturation hydraulique.

La position du collectif

En tant que citoyennes et citoyens, il est impossible d’accepter les multiples menaces (sanitaire, écologique, économique, climatique, paysagère) que fait peser l’exploitation du gaz de schiste.

Par ailleurs, l’absence de débat public et le refus de consulter les élu-e-s et les citoyen-ne-s sur l’avenir des territoires constituent un déni de démocratie patent.

Le collectif exige :

  • L’abrogation de tous les permis accordés en France
  • L’interdiction de toute technique nécessitant de fracturer la roche pour en extraire des hydrocarbures dits de roche-mère, et ayant pour conséquence de porter atteinte à son intégrité
Pour télécharger ce document en PDF : Informations pour les novices
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